Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/122

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64 D’ailleurs tout ce qui passe dans l’âme ne dépendant que d’elle, selon ce système ; et son état suivant ne venant que d’elle et de son état présent ; comment lui peut-on donner une plus grande indépendance ? il est vrai qu’il reste encore quelque imperfection dans la constitution de l’âme. Tout ce qui arrive à l’âme dépend d’elle, mais il ne dépend pas toujours de sa volonté ; ce serait trop. Il n’est pas même toujours connu de son entendement, ou aperçu distinctement. Car il y a en elle non seulement un ordre de perceptions distinctes qui fait son empire ; mais encore une suite de perceptions confuses ou de passions qui fait son esclavage : et il ne faut pas s’en étonner ; l’âme serait une divinité, si elle n’avait que des perceptions distinctes. Elle a cependant quelque pouvoir encore sur ces perceptions confuses, bien que d’une manière indirecte ; car, quoiqu’elle ne puisse changer ses passions sur-le-champ, elle peut y travailler de loin avec assez de succès, et se donner des passions nouvelles, et même des habitudes. Elle a même un pouvoir semblable sur les perceptions plus distinctes, se pouvant donner indirectement des opinions et des volontés, et s’empêcher d’en avoir de telles ou telles, et suspendre ou avancer son jugement. Car nous pouvons chercher des moyens par avance, pour nous arrêter dans l’occasion sur le pas glissant d’un jugement téméraire ; nous pouvons trouver quelque incident pour différer notre résolution, lors même que l’affaire paraît prête à être jugée ; et quoique notre opinion et notre acte de vouloir ne soient pas directement des objets de notre volonté (comme je l’ai déjà remarqué), on ne laisse pas de prendre quelquefois des mesures pour vouloir, et même pour croire avec le temps, ce qu’on ne veut ou ne croit pas présentement. Tant est grande la profondeur de l’esprit de l’homme.

65 Enfin, pour conclure ce point de la spontanéité, il faut dire que prenant les choses à la rigueur, l’àme a en elle le principe de toutes ses actions, et même de toutes ses passions ; et que le même est vrai dans toutes les substances simples, répandues par toute la nature, quoiqu’il n’y ait de liberté que dans celles qui sont intelligentes. Cependant, dans le sens populaire, en parlant suivant les apparences, nous devons dire que l’àme dépend en quelque manière du corps et des impressions des sens : à peu près comme nous parlons avec Ptolémée et Tycho dans l’usage ordinaire, et pensons avec Copernic, quand il s’agit du lever ou du coucher du soleil.

66 On peut pourtant donner un sens véritable et philosophique à