Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/328

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Quiconque n’ayant plus que huit jours à vivre ne trouvera pas que le parti est de croire que tout cela n’est pas un coup du hasard....

Or, si les passions ne nous tenoient point, huit jours et cent ans sont une même chose.


2.

Préface. — Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes, et si impliquées, qu’elles frappent peu ; et quand cela serviroit à quelques-uns, ce ne seroit que pendant l’instant qu’ils voient cette démonstration, mais une heure après ils craignent de s’être trompés.

Quod curiositate cognoverint superbia amiserunt[1].

C’est ce que produit la connoissance de Dieu qui se tire sans Jésus-Christ, qui est de communiquer sans médiateur avec le Dieu qu’on a connu sans médiateur. Au lieu que ceux qui ont connu Dieu par médiateur connoissent leur misère.

Jésus-Christ est l’objet de tout et le centre où tout tend. Qui le connoît connoît la raison de toutes choses.

Ceux qui s’égarent ne s’égarent que manque de voir une de ces deux choses. On peut donc bien connoître Dieu sans sa misère, et sa misère sans Dieu ; mais on ne peut connoître Jésus-Christ sans connoître tout ensemble et Dieu et sa misère.

Et c’est pourquoi je n’entreprendrai pas ici de prouver par des raisons naturelles, ou l’existence de Dieu, ou la Trinité, ou l’immortalité de l’âme, ni aucune des choses de cette nature ; non-seulement parce que je ne me sentirois pas assez fort pour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais encore parce que cette connoissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. Quand un homme seroit persuadé que les proportions des nombres sont des vérités immatérielles, éternelles, et dépendantes d’une première vérité en qui elles subsistent, et qu’on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup avancé pour son salut.


3.

C’est une chose admirable que jamais auteur canonique ne s’est servi de la nature pour prouver Dieu. Tous tendent à le faire croire : David, Salomon. etc. jamais n’ont dit : « Il n’y a point de vide, donc il y a un Dieu. » Il falloit qu’ils fussent plus habiles que les plus habiles gens qui sont venus depuis, qui s’en sont tous servis. Cela est très-considérable.

… Si c’est une marque de foiblesse de prouver Dieu par la nature, n’en méprisez pas l’Écriture[2] ; si c’est une marque de force d’avoir connu ces contrariétés, estimez-en l’Écriture.


4.

Car il ne faut pas se méconnoître, nous sommes automate autant qu’esprit et de là vient que l’instrument par lequel la persuasion se fait n’est pas la seule démonstration[3]. Combien y a-t-il peu de choses

  1. « Ce que la curiosité leur a fait trouver, l’orgueil le leur fait perdre. »
  2. « Ne méprisez pas l’Écriture pour n’avoir pas fait cette démonstration. »
  3. « N’est pas la démonstration seule. »