Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/38

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deux hommes que Bastiat a reconnus comme ses maîtres, que Ch. Comte et M. Dunoyer avaient, avant lui, déjà ramené très-sensiblement la science vers le point de vue élevé des physiocrates : — le premier, en soumettant au contrôle du droit naturel les formes diverses de la législation et de la propriété ; — le second, en introduisant hardiment les fonctions de l’ordre intellectuel et moral dans le champ des études économiques.

C’est là précisément l’excellence du point de vue de Bastiat, qu’il se rattache aux meilleures traditions, tout en ouvrant des perspectives nouvelles. « Les sciences, pour employer une de ses expressions, ont une croissance comme les plantes ; » il n’y a pas d’idées neuves, il n’y a que des idées développées ; et l’initiateur est celui qui formule en un principe net et absolu des traditions hésitantes et incomplètes, celui qui fait un système d’une tendance. Bastiat, d’ailleurs, ne s’est pas borné à affirmer son principe dans toute sa généralité, sans exceptions ni réserves, — chose neuve déjà et hardie. Pour réclamer l’harmonie parfaite des lois économiques, il a fallu qu’il la fît en quelque sorte lui-même, en supprimant des dissonances, en rectifiant des erreurs appuyées de noms célèbres. Il a fallu dissiper la confusion établie entre la valeur et l’utilité, — l’utilité qui est le but et le bien, — la valeur, qui représente l’obstacle et le mal ; asseoir solidement ce beau principe de la gravité absolue du concours de la nature ; attaquer toute cette théorie qui entachait la propriété foncière d’une accusation de monopole aggravateur du prix ; débarrasser la loi du Progrès de cette effrayante perspective du renchérissement de la subsistance et de l’épuisement du sol, etc., etc. ; — toutes choses qui peuvent pa-