Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/48

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figure sur un piédestal, nous craindrions de faire quelque maladresse. Et puis, nous l’avouons, il nous semble qu’un éloge trop cru blesserait encore cet homme que nous avons connu si désintéressé de lui-même, qui ne s’est jamais mis en avant que pour être utile et n’a brillé que pour éclairer. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que les idées neuves et d’abord contestées de son système ont fait leur chemin depuis sa mort, et que, sans parler de l’école américaine, des économistes marquants, en Angleterre, en Écosse, en Italie, en Espagne et ailleurs, professent hautement et enseignent ses opinions. Et s’il est certain que le caractère matériel, en quelque sorte, de la vérité, dans une doctrine comme dans une religion, est la puissance du prosélytisme qu’elle possède, on peut dire que la doctrine de Bastiat est vraie : car les nombreux convertis qui passent aujourd’hui à l’économie politique y vont à peu près tous par Bastiat et sous son patronage. Son œuvre de propagande se poursuit et se poursuivra longtemps encore après lui : — c’est la seule espèce d’immortalité qu’il ait ambitionnée.

Bastiat était tout simplement une belle intelligence éclairée par un admirable cœur, un de ces grands pacifiques auxquels, selon la parole sacrée, le monde finit toujours par appartenir. Nous préférons hautement ces hommes-là aux génies solitaires et aux penseurs sibyllins. Ce ne sont, en effet, ni les idées ni les systèmes qui nous manquent aujourd’hui, mais le trait d’union et le lien d’harmonie. La masse incohérente des matériaux épars de l’avenir ressemble à ces gangues où le métal précieux abonde, mais disséminé dans la boue. Ce qu’il faut à notre siècle, c’est l’aimant qui rassemblera le fer autour de lui, c’est la goutte de mercure qui, promenée à travers le mélange, s’assimilera