Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 2.djvu/83

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Si vous dites oui, nous répondons :

Puisqu’elle accroît le prix moyen de la viande, il y a donc moins de bétail dans le pays sous l’empire de cette taxe ; car d’où peut venir l’augmentation de prix, sinon de la rareté relative de la chose ? Et si, à tous les moments donnés, il y a moins de bétail dans le pays, comment y aurait-il plus d’engrais ?

Si vous dites que le droit n’élève pas le prix, nous vous demanderons pourquoi vous le maintenez ?

On parle toujours de l’intérêt agricole ; mais en a-t-on une vue complète ? Est-ce que l’agriculture n’achète pas autant de bœufs qu’elle en vend ? Est-ce que, parmi nos innombrables métayers et petits propriétaires, il n’y en a pas vingt qui achètent deux bœufs de travail pour un qui vend un bœuf de boucherie ? Est-ce que la restriction n’affecte pas, au préjudice des agriculteurs, le prix de ces quarante bœufs de travail, comme elle affecte, au bénéfice de l’éleveur, le prix du bœuf, qu’il livre à la consommation ? Enfin, est-ce que les agriculteurs, qui forment les deux tiers de notre population, ne mangent pas quelque peu de viande ? et, sous ce rapport, après avoir fait tous les frais de la protection sur les quarante bœufs de travail, ne supportent-ils pas encore, pour les deux tiers ou du moins dans une forte proportion, les frais de la protection accordée sur le bœuf de boucherie ?

Après tout, si l’agriculture a cette grande importance que personne ne conteste, c’est uniquement par le motif qu’elle fournit à la nation des aliments. Il est absurde, contradictoire et cruel, sous prétexte de favoriser l’agriculture, de diminuer l’alimentation du peuple.