Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/110

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XX. — TRAVAIL HUMAIN, TRAVAIL NATIONAL.


Briser les machines, — repousser les marchandises étrangères, — ce sont deux actes qui procèdent de la même doctrine.

On voit des hommes qui battent des mains quand une grande invention se révèle au monde, — et qui néanmoins adhèrent au régime protecteur. — Ces hommes sont bien inconséquents !

Que reprochent-ils à la liberté du commerce ? De faire produire par des étrangers plus habiles ou mieux situés que nous des choses que, sans elle, nous produirions nous-mêmes. En un mot, on l’accuse de nuire au travail national.

De même, ne devraient-ils pas reprocher aux machines de faire accomplir par des agents naturels ce qui, sans elles, serait l’œuvre de nos bras, et, par conséquent, de nuire au travail humain ?

L’ouvrier étranger, mieux placé que l’ouvrier français, est, à l’égard de celui-ci, une véritable machine économique qui l’écrase de sa concurrence. De même, une machine qui exécute une opération à un prix moindre qu’un certain nombre de bras est, relativement à ces bras, un vrai concurrent étranger qui les paralyse par sa rivalité.

Si donc il est opportun de protéger le travail national contre la concurrence du travail étranger, il ne l’est pas moins de protéger le travail humain contre la rivalité du travail mécanique.

Aussi, quiconque adhère au régime protecteur, s’il a un peu de logique dans la cervelle, ne doit pas s’arrêter à prohiber les produits étrangers : il doit proscrire encore les produits de la navette et de la charrue.

Et voilà pourquoi j’aime bien mieux la logique des