Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/12

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C’est placer haut mes prétentions, mais je voudrais, je l’avoue, que cet opuscule devînt comme le manuel des hommes qui sont appelés à prononcer entre les deux principes. Quand on ne s’est pas familiarisé de longue main avec la doctrine de la liberté, les sophismes de la protection reviennent sans cesse à l’esprit sous une forme ou sous une autre. Pour l’en dégager, il faut à chaque fois un long travail d’analyse, et ce travail, tout le monde n’a pas le temps de le faire ; les législateurs moins que personne. C’est pourquoi j’ai essayé de le donner tout fait.

Mais, dira-t-on, les bienfaits de la liberté sont-ils donc si cachés qu’ils ne se montrent qu’aux économistes de profession ?

Oui, nous en convenons, nos adversaires dans la discussion ont sur nous un avantage signalé. Ils peuvent en quelques mots, exposer une vérité incomplète ; et, pour montrer qu’elle est incomplète, il nous faut de longues et arides dissertations.

Cela tient à la nature des choses. La protection réunit sur un point donné le bien qu’elle fait, et infuse dans la masse le mal qu’elle inflige. L’un est sensible à l’œil extérieur, l’autre ne se laisse apercevoir que par l’œil de l’esprit[1]. — C’est précisément le contraire pour la liberté.

Il en est ainsi de presque toutes les questions économiques.

Dites : Voici une machine qui a mis sur le pavé trente ouvriers ;

Ou bien : Voici un prodigue qui encourage toutes les industries ;

  1. Cet aperçu a donné plus tard lieu au pamphlet Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, compris dans le volume suivant. (Note de l’éditeur.)