Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/268

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XVI. — LA MAIN DROITE ET LA MAIN GAUCHE[1].


(Rapport au roi.)


Sire,


Quand on voit ces hommes du Libre-Échange répandre audacieusement leur doctrine, soutenir que le droit d’acheter et de vendre est impliqué dans le droit de propriété (insolence que M. Billault a relevée en vrai avocat), il est permis de concevoir de sérieuses alarmes sur le sort du travail national ; car que feront les Français de leurs bras et de leur intelligence quand ils seront libres ?

L’administration que vous avez honorée de votre confiance a dû se préoccuper d’une situation aussi grave, et chercher dans sa sagesse une protection qu’on puisse substituer à celle qui parait compromise. – Elle vous propose d’interdire à vos fidèles sujets l’usage de la main droite.

Sire, ne nous faites pas l’injure de penser que nous avons adopté légèrement une mesure qui, au premier aspect, peut paraître bizarre. L’étude approfondie du régime protecteur nous a révélé ce syllogisme, sur lequel il repose tout entier :

Plus on travaille, plus on est riche ;

Plus on a de difficultés à vaincre, plus on travaille ;

Ergo, plus on a de difficultés à vaincre, plus on est riche.

Qu’est-ce, en effet, que la protection, sinon une application ingénieuse de ce raisonnement en forme, et si serré qu’il résisterait à la subtilité de M. Billault lui-même ?

Personnifions le pays. Considérons-le comme un être collectif aux trente millions de bouches, et, par une conséquence naturelle, aux soixante millions de bras. Le voilà

  1. Tiré du Libre-Échange, n° du 13 décembre 1846. (Note de l’éditeur.)