Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 5.djvu/215

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




NEUVIÈME LETTRE.


P. J. PROUDHON À F. BASTIAT.


Grave imputation. — Négation de cinq propositions. — Arguments tirés des opérations de la Banque de France. — Méfaits de cette Banque.


31 décembre 1849.

Vous m’avez trompé.

J’attendais de vous une controverse sérieuse : vos lettres ne sont qu’une perpétuelle et insipide mystification. Quand vous auriez fait un pacte avec l’usure, pour embrouiller la question et empêcher notre débat d’aboutir, en l’embarrassant d’incidents, de hors-d’œuvre, de vétilles et de chicanes, vous n’eussiez pu vous y prendre autrement.

De quoi s’agit-il entre nous, s’il vous plaît ? de savoir si l’intérêt de l’argent doit ou non être aboli. Je vous l’ai dit moi-même : c’est là le pivot du socialisme, la cheville ouvrière de la Révolution.

Une question préjudicielle s’élève donc tout d’abord, celle de savoir si, en fait, il y a possibilité d’abolir cet intérêt. Vous le niez ; je l’affirme : lequel croire de nous deux ? Évidemment, ni l’un ni l’autre. Il faut examiner la chose : voilà ce que dicte le sens commun, ce que la plus simple notion d’équité prescrit. Vous, au contraire, vous repoussez cet examen. Depuis deux mois que nous avons ouvert, dans la Voix du Peuple, cette assise solennelle où le capital devait être jugé, et l’usure condamnée ou absoute, vous ne cessez de me répéter sur tous les tons cette ritournelle :

« Le capital, tel que je le comprends, tel qu’il m’apparaît dans sa nature intime, est productif. Cette conviction me suffit : je ne veux pas en savoir davantage. D’ailleurs, vous reconnaissez qu’en prêtant à intérêt, je rends service et ne