Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 7.djvu/436

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vous assure que cette doctrine a été pour la première fois bien accueillie, et quelques amis m’ont facilité les moyens de la développer en public, ce que je commencerai lundi.

Vous me demanderez peut-être pourquoi je ne remplis pas cette mission au sein de l’Assemblée nationale, dont la tribune est si retentissante. C’est que l’enceinte est si vaste et l’auditoire si impatient que toute démonstration y est impossible.

C’est bien malheureux, car je ne crois pas qu’il y ait jamais eu, en aucun pays, une assemblée mieux intentionnée, plus démocratique, plus sincère amie du bien, plus dévouée. Elle fait honneur au suffrage universel, mais il faut avouer qu’elle partage les préjugés dominants.

Si vous jetez un coup d’œil sur la carte de Paris, vous vous convaincrez que l’insurrection a été plus forte que vous ne paraissez le croire. Quand elle a éclaté, Paris n’avait pas plus de huit mille hommes de troupes, qu’en bonne tactique il fallait concentrer, puisque c’était insuffisant pour opérer. Aussi l’émeute s’est bientôt rendue maîtresse de tous les faubourgs, et il ne s’en est pas fallu de deux heures qu’elle n’envahît notre rue. D’un autre côté elle attaquait l’Hôtel de ville, et, par le Gros-Caillou, menaçait l’Assemblée nationale, au point que nous avons été réduits, nous aussi, à la ressource des barricades. Mais, au bout de deux jours, les renforts nous sont arrivés de province.

Vous me demandez si cette insurrection sera la dernière. J’ose l’espérer. Nous avons maintenant de la fermeté et de l’unité dans le pouvoir. La chambre est animée d’un esprit d’ordre et de justice, mais non de vengeance. Aujourd’hui notre plus grand ennemi, c’est la misère, le manque de travail. Si le gouvernement rétablit la sécurité, les affaires reprendront, et ce sera notre salut.

Vous ne devez pas douter, mon cher Monsieur, de l’empressement avec lequel je me rendrais à votre bonne invita-