Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 7.djvu/59

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10. — À M. LE RÉDACTEUR DU JOURNAL DE LILLE, ORGANE DES INTÉRÊTS DU NORD[1].


Monsieur,

Vous vous occupez de l’Association pour la liberté des échanges, et cela, il faut le dire, en très bons termes. Cette modération est d’un trop bon augure pour que nous ne nous empressions pas de la reconnaître et de l’imiter.

Vous prenez acte d’abord de ce que l’association se donne pour mission de propager la vérité économique avec assez de profusion pour changer le cours de la volonté nationale. — Puis, vous vous demandez si une telle mission est opportune ; et, bien entendu, vous résolvez la question négativement. — Et pourquoi n’est-il pas opportun de répandre la vérité? — C’est, dites-vous, parce que l’opinion n’est pas encore fixée. « N’avons-nous pas, en France, des intérêts d’agriculture qui demandent la protection, et d’autres intérêts d’agriculture qui demandent la liberté des échanges ; des industries qui veulent être protégées, et des industries qui se plaignent du régime restrictif ? Dans nos ports de mer, telle branche de commerce vit de la protection, et telle autre proteste contre elle. Tout cela ne forme-t-il pas une mêlée confuse ? »

Eh ! sans doute, les uns sont pour et les autres contre. Mais, par le grand Dieu du ciel ! ils n’ont pas tous raison en même temps. On se trompe de part ou d’autre ; et, puisque les partisans du monopole, par leurs journaux, leurs comités, leurs souscriptions, répandent assez leurs idées pour qu’elles se traduisent en lois, pourquoi les amis de la liberté ne feraient-ils pas de même ? Y a-t-il quelque moyen, de faire cesser

  1. Mémorial bordelais du 19 février 1846. (N. E.)