Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/13

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


au bord de l’abîme sous le vent salé du large. Et, chantant à plein gosier, allant à grands pas, regardant tantôt la fuite lente et arrondie d’une mouette promenant sur le ciel bleu la courbe blanche de ses ailes, tantôt, sur la mer verte, la voile brune d’une barque de pêche, j’avais passé un jour heureux d’insouciance et de liberté.

On m’indiqua une petite ferme où on logeait des voyageurs, sorte d’auberge tenue par une paysanne au milieu d’une cour normande entourée d’un double rang de hêtres.

Quittant la falaise, je gagnai donc le hameau enfermé dans ses grands arbres et je me présentai chez la mère Lecacheur.

C’était une vieille campagnarde, ridée, sévère, qui semblait toujours recevoir les pratiques à contrecœur, avec une sorte de méfiance.

Nous étions en mai ; les pommiers épanouis couvraient la cour d’un toit de fleurs parfumées, semaient incessamment une pluie tournoyante de folioles roses qui tombaient sans fin sur les gens et sur l’herbe.

Je demandai : « Eh bien ! madame Lecacheur, avez-vous une chambre pour moi ? »

Étonnée de voir que je savais son nom, elle répondit : « C’est selon, tout est loué. On pourrait voir tout de même. »