Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/267

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d’écarté chez Sandres, quand sa femme était jeune et si charmante.

Il se rappelait des choses qu’elle lui avait dites, des intonations qu’elle avait autrefois, des petits sourires muets qui signifiaient tant de pensées.

Il se rappelait leurs promenades, à trois, le long de la Seine, leurs déjeuners sur l’herbe, le dimanche, car Sandres était employé à la sous-préfecture. Et soudain le souvenir net lui revint d’un après-midi passé avec elle dans un petit bois le long de la rivière.

Ils étaient partis le matin, emportant leurs provisions dans des paquets. C’était par une vive journée de printemps, une de ces journées qui grisent. Tout sent bon, tout semble heureux. Les oiseaux ont des cris plus gais et des coups d’ailes plus rapides. On avait mangé sur l’herbe, sous des saules, tout près de l’eau engourdie par le soleil. L’air était tiède, plein d’odeurs de sève ; on le buvait avec délices. Qu’il faisait bon, ce jour-là !

Après le déjeuner, Sandres s’était endormi sur le dos : « Le meilleur somme de sa vie, » disait-il en se réveillant.

Mme Sandres avait pris le bras de Saval, et ils étaient partis tous les deux le long de la rive.

Elle s’appuyait sur lui. Elle riait, elle disait :

« Je suis grise, mon ami, tout à fait grise. » Il