Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/316

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non sans peine, ce qu’elle voulait, et dirent leurs noms. Cela ne lui suffisait pas ; elle se les fit écrire sur un papier, avec l’adresse de leurs familles, et, reposant ses lunettes sur son grand nez, elle considéra cette écriture inconnue, puis elle plia la feuille et la mit dans sa poche, par-dessus la lettre qui lui disait la mort de son fils.

Quand le repas fut fini, elle dit aux hommes :

— J’vas travailler pour vous.

Et elle se mit à monter du foin dans le grenier où ils couchaient.

Ils s’étonnèrent de cette besogne ; elle leur expliqua qu’ils auraient moins froid ; et ils l’aidèrent. Ils entassaient les bottes jusqu’au toit de paille ; et ils se firent ainsi une sorte de grande chambre avec quatre murs de fourrage, chaude et parfumée, où ils dormiraient à merveille.

Au dîner, un d’eux s’inquiéta de voir que la mère Sauvage ne mangeait point encore. Elle affirma qu’elle avait des crampes. Puis elle alluma un bon feu pour se chauffer, et les quatre Allemands montèrent dans leur logis par l’échelle qui leur servait tous les soirs.

Dès que la trappe fut refermée, la vieille enleva l’échelle, puis rouvrit sans bruit la