Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/328

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et s'émiette en retombant dans un large bassin de marbre dont le fond est sablé de poudre d'or. Je m'y baignerai à tout moment, entre deux pipes, deux rêves ou deux baisers.

"Je n'aurai point la servante, la hideuse bonne au tablier gras, et qui relève en s'en allant, d'un coup de sa savate usée, le bas fangeux de sa jupe. Oh ! ce coup de talon qui montre la cheville jaune, il me remue le coeur de dégoût, et je ne le puis éviter. Elles l'ont toutes, les misérables !

"Je n'entendrai plus le claquement de la semelle sur le parquet, le battement des portes lancées à toute volée, le fracas de la vaisselle qui tombe.

"J'aurai des esclaves noirs et beaux, drapés dans un voile blanc et qui courent, nu-pieds, sur les tapis sourds.

"Mes murs seront moelleux et rebondissants comme des poitrines de femmes, et, sur mes divans en cercle autour de chaque appartement, toutes les formes de coussins me permettront de me coucher dans toutes les postures qu'on peut prendre.

"Puis, quand je serai las du repos délicieux, las de jouir de l'immobilité de mon rêve éternel, las du calme plaisir d'être bien, je ferai amener devant ma porte un cheval blanc ou noir qui courra très vite.