Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/333

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APPENDICE

Un MILLION

C’était un modeste ménage d’employés. Le mari, commis de ministère, correct et méticuleux, accomplissait strictement son devoir. Il s’appelait Léopold Bonnin. C’était un petit jeune homme qui pensait en tout ce qu’on devait penser. Élevé religieusement, il devenait moins croyant depuis que la République tendait à la séparation de l’Église et de l’État. Il disait bien haut, dans les corridors de son ministère : « Je suis religieux, très religieux même, mais religieux à Dieu ; je ne suis pas clérical. »

Il avait avant tout la prétention d’être un honnête homme, et il le proclamait en se frappant la poitrine. Il était, en effet, un honnête homme dans le sens le plus terre à terre du mot. Il venait à l’heure, partait à l’heure, ne flânait guère, et se montrait toujours fort droit sur la « question d’argent ». Il avait épousé la fille d’un collègue pauvre, mais dont la