Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/34

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La bonne femme, surprise et chagrine, s’écria de sa voix traînante : « Qué qu’ vous dites là, mon brave monsieur ? vous allez nous quitter ! J’étions si bien accoutumée à vous ! »

Je regardais de loin miss Harriet ; sa figure n’avait point tressailli. Mais Céleste, la petite bonne, venait de lever les yeux vers moi. C’était une grosse fille de dix-huit ans, rougeaude, franche, forte comme un cheval, et propre, chose rare. Je l’embrassais quelquefois dans les coins, par habitude de coureur d’auberges, rien de plus.

Et le dîner s’acheva.

J’allai fumer ma pipe sous les pommiers, en marchant de long en large, d’un bout à l’autre de la cour. Toutes les réflexions que j’avais faites dans le jour, l’étrange découverte du matin, cet amour grotesque et passionné attaché à moi, des souvenirs venus à la suite de cette révélation, des souvenirs charmants et troublants, peut-être aussi ce regard de servante levé sur moi à l’annonce de mon départ, tout cela mêlé, combiné, me mettait maintenant une humeur gaillarde au corps, un picotement de baisers sur les lèvres, et, dans les veines, ce je ne sais quoi qui pousse à faire des bêtises.

La nuit venait, glissant son ombre sous les arbres, et j’aperçus Céleste qui s’en allait