Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/150

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Puis il passa dans la cuisine où sa femme était rentrée. Et j’entendis :

— Donne-moi vingt sous, ma chérie.

— Qu’est-ce que tu veux faire, avec vingt sous ?

— Mais on ne sait pas ce qui peut arriver. Il est toujours bon d’avoir de l’argent.

Elle hurla, pour être entendue de moi :

— Non, je ne te les donnerai pas ! Puisque cet homme a déjeuné chez toi, c’est bien le moins qu’il paye tes dépenses de la journée.

Le père Boivin revint me prendre. Comme je voulais être poli, je m’inclinai devant la maîtresse du logis en balbutiant :

— Madame… remerciements… gracieux accueil…

Elle répondit :

— C’est bien. Mais n’allez pas me le ramener soûl, parce que vous auriez affaire à moi, vous savez !

Nous partîmes.

Il fallut traverser une plaine nue comme une table, en plein soleil. Je voulus cueillir une plante le long du chemin et je poussai un cri de douleur. Ça m’avait fait un mal affreux dans la main. On appelle ces herbes-là des orties. Et puis ça puait le fumier partout, mais ça puait à vous tourner le cœur.

Boivin me disait :