Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/152

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ronflait à mon côté. Je le secouai. Il se leva, mais il était encore gris, un peu moins cependant.

Et nous voilà repartis, dans les ténèbres, à travers la plaine. Boivin prétendait retrouver sa route. Il me fit tourner à gauche, puis à droite, puis à gauche. On ne voyait ni ciel, ni terre, et nous nous trouvâmes perdus au milieu d’une espèce de forêt de pieux qui nous arrivaient à la hauteur du nez. Il parait que c’était une vigne avec ses échalas. Pas un bec de gaz à l’horizon. Nous avons circulé là-dedans peut-être une heure ou deux, tournant, vacillant, étendant les bras, fous, sans trouver le bout, car nous devions toujours revenir sur nos pas.

À la fin, Boivin s’abattit sur un bâton qui lui déchira la joue, et sans s’émouvoir il demeura assis par terre, poussant de tout son gosier des « La-i-tou ! », prolongés, et retentissants, pendant que je criais : « Au secours ! » de toute ma force, en allumant, des allumettes-bougies pour éclairer les sauveteurs et pour me mettre du cœur au ventre.

Enfin, un paysan attardé nous entendit et nous remit dans notre route.

Je conduisis Boivin jusque chez lui. Mais comme j’allais le laisser sur le seuil de son jardin, la porte s’ouvrit brusquement et sa