Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/176

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Vouziers, et demandez mademoiselle Clarisse. Je vous attendrai, surtout soyez en civil.

Depuis huit ans, en effet, elle avait une chambre meublée à l’année dans cette auberge inconnue. C’était une idée de son premier amant qu’elle avait trouvée pratique, et l’homme parti, elle garda le nid.

Oh ! un nid médiocre, quatre murs tapissés de papier gris clair à fleurs bleues, un lit de sapin, sous des rideaux de mousseline, un fauteuil acheté par les soins de l’aubergiste, sur son ordre, deux chaises, une descente de lit, et les quelques vases nécessaires pour la toilette ! Que fallait-il de plus ?

Sur les murs, trois grandes photographies. Trois colonels à cheval ; les colonels de ses amants ! Pourquoi ? Ne pouvant garder l’image même, le souvenir direct, elle avait peut-être voulu conserver ainsi des souvenirs par ricochet ?

Et elle n’avait jamais été reconnue par personne dans toutes ses visites au Cheval d’Or, direz-vous ?

Jamais ! Par personne !

Le moyen employé par elle était admirable et simple. Elle avait imaginé et organisé des séries de réunions de bienfaisance et de piété auxquelles elle allait souvent et auxquelles elle manquait parfois. Le mari, connaissant