Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/181

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du Cheval d’Or, sans être vue par personne, ce jour-là. Elle gagna sa chambre, ouvrit la porte, entra. Une bougie brûlait sur la cheminée. Elle se tourna vers le lit. Le commandant était couché, mais il avait fermé les rideaux.

Elle prononça :

— Une minute, mon chéri, j’arrive.

Et elle se dévêtit avec une brusquerie fiévreuse, jetant ses bottines par terre et son corset sur le fauteuil. Puis sa robe noire et ses jupes dénouées étant tombées en cercle autour d’elle, elle se dressa, en chemise de soie rouge, ainsi qu’une fleur qui vient d’éclore.

Comme le commandant n’avait point dit un mot, elle demanda :

— Dors-tu, mon gros ?

Il ne répondit pas, et elle se mit à rire en murmurant :

— Tiens, il dort, c’est trop drôle !

Elle avait gardé ses bas, des bas de soie noire à jour, et, courant au lit, elle se glissa dedans avec rapidité, en saisissant à pleins bras et en baisant à pleines lèvres, pour le réveiller brusquement, le cadavre glacé du voyageur !

Pendant une seconde, elle demeura immobile, trop effarée pour rien comprendre. Mais