Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/194

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chose que le ronflement léger du rouet et le crépitement du feu et le murmure de l’eau qui s’échauffait.

Mais soudain un bruit étrange les fit tous tressaillir, quelque chose comme un souffle rauque poussé sous la porte, un souffle de bête, fort et ronflant.

Le sous-officier allemand avait fait un bond vers les fusils. La forestière l’arrêta d’un geste, et, souriante :

— C’est les loups, dit-elle. Ils sont comme vous, ils rôdent et ils ont faim.

L’homme incrédule voulut voir, et sitôt que le battant fut ouvert, il aperçut deux grandes bêtes grises qui s’enfuyaient d’un trot rapide et allongé.

Il revint s’asseoir en murmurant :

— Ché n’aurais pas gru.

Et il attendit que sa pâtée fût prête.

Ils la mangèrent voracement, avec des bouches fendues jusqu’aux oreilles pour en avaler davantage, des yeux ronds s’ouvrant en même temps que les mâchoires, et des bruits de gorge pareils à des glouglous de gouttières.

Les deux femmes, muettes, regardaient les rapides mouvements des grandes barbes rouges ; et les pommes de terre avaient l’air de s’enfoncer dans ces toisons mouvantes.