Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/20

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TOINE.

n’les prendras point. J’verrons ben c’qu’arrivera.

Toine, inquiet, ne répondit rien.

Quand il entendit sonner midi, il appela :

— Hé ! la mé, la soupe est-il cuite ?

La vieille cria de sa cuisine :

— Y a point de soupe pour té, gros faigniant.

Il crut qu’elle plaisantait et attendit, puis il pria, supplia, jura, fit des « va-t-au nord » et des « va-t-au sud » désespérés, tapa la muraille à coups de poing, mais il dut se résigner à laisser introduire dans sa couche cinq œufs contre son flanc gauche. Après quoi il eut sa soupe. Quand ses amis arrivèrent, ils le crurent tout à fait mal, tant il paraissait drôle et gêné.

Puis on fit la partie de tous les jours. Mais Toine semblait n’y prendre aucun plaisir et n’avançait la main qu’avec des lenteurs et des précautions infinies.

— T’as donc l’bras noué, demandait Horslaville.

Toine répondit :

— J’ai quasiment t’une lourdeur dans l’épaule.

Soudain, on entendit entrer dans le café. Les joueurs se turent.

C’était le maire avec l’adjoint. Ils deman-