Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/201

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Puis, son impatience grandissant, elle se mit à regarder l’horloge, à compter les minutes.

Le père était parti depuis une heure et demie. Il avait atteint la ville maintenant. Elle croyait le voir. Il racontait la chose à M. Lavigne, qui pâlissait d’émotion et sonnait sa bonne pour avoir son uniforme et ses armes. Elle entendait, lui semblait-il, le tambour courant par les rues. Les têtes effarées apparaissaient aux fenêtres. Les soldats-citoyens sortaient de leurs maisons, à peine vêtus, essoufflés, bouclant leurs ceinturons, et partaient, au pas gymnastique, vers la maison du commandant.

Puis la troupe, l’Echasse en tête, se mettait en marche, dans la nuit, dans la neige, vers la forêt.

Elle regardait l’horloge. « Ils peuvent être ici dans une heure. »

Une impatience nerveuse l’envahissait. Les minutes lui paraissaient interminables. Comme c’était long !

Enfin, le temps qu’elle avait fixé pour leur arrivée fut marqué par l’aiguille.

Et elle ouvrit de nouveau la porte, pour les écouter venir. Elle aperçut une ombre marchant avec précaution. Elle eut peur, poussa un cri. C’était son père.