Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/231

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Elle le fut aux trois quarts après le café.

La mise au lit d’une veuve n’exigeant pas toutes les cérémonies maternelles nécessaires pour une jeune fille, Gabrielle passa tranquillement dans sa chambre en me disant :

— Fumez votre cigare pendant un quart d’heure.

Quand je la rejoignis, je manquais de confiance en moi, je l’avoue. Je me sentais énervé, troublé, mal à l’aise.

Je pris ma place d’époux. Elle ne disait rien. Elle me regardait avec un sourire sur les lèvres, avec l’envie visible de se moquer de moi. Cette ironie, dans un pareil moment, acheva de me déconcerter et, je l’avoue, me coupa — bras et jambes.

Quand Gabrielle s’aperçut de mon… embarras, elle ne fit rien pour me rassurer, bien au contraire. Elle me demanda, d’un petit air indifférent :

— Avez-vous tous les jours autant d’esprit ?

Je ne pus m’empêcher de répondre :

— Écoutez, vous êtes insupportable.

Alors elle se remit à rire, mais à rire d’une façon immodérée, inconvenante, exaspérante.

Il est vrai que je faisais triste figure, et que je devais avoir l’air fort sot.

De temps en temps, entre deux crises