Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/244

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


leur affreuse, une vraie douleur physique et morale, chacun de ses coups de dents.

Mon existence était finie ! Comment sortirais-je de cette situation ? Comment reculer, et comment avouer ?

Et j’aimais celle qui devait devenir votre mère d’une passion folle, que l’insurmontable obstacle exaspérait encore.

Une colère terrible grandissait, qui me serrait la gorge, une colère qui touchait à la folie… à la folie ! Certes, j’étais fou, ce soir-là !

L’enfant dormait. Je me levai et je le regardai dormir. C’était lui, cet avorton, cette larve, ce rien qui me condamnait à un malheur sans appel.

Il dormait, la bouche ouverte, enseveli sous les couvertures, dans un berceau, près de mon lit, où je ne pourrais pas dormir, moi !

Comment ai-je accompli ce que j’ai fait ? Le sais-je ? Quelle force m’a poussé, quelle puissance malfaisante m’a possédé ? Oh ! La tentation du crime m’est venue sans que je l’aie sentie s’annoncer. Je me rappelle seulement que mon cœur battait affreusement. Il battait si fort que je l’entendais comme on entend des coups de marteau derrière des cloisons. Je ne me rappelle que cela ! mon