Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/257

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rez pas, non, non, vous ne le verrez pas ; allez-vous-en, allez-vous-en. J’sais t’i c’que vous avez tous à m’agoniser comme ça ?

Elle marchait vers nous, les mains sur les hanches. Au son brutal de sa voix, une sorte de gémissement ou plutôt un miaulement, un cri lamentable d’idiot partit de la pièce voisine. J’en frissonnai jusqu’aux moelles. Nous reculions devant elle.

Mon ami prononça d’un ton sévère :

— Prenez garde, la Diable (on l’appelait la Diable dans le peuple), prenez garde, un jour ou l’autre ça vous portera malheur.

Elle se mit à trembler de fureur, agitant ses poings, bouleversée, hurlant :

— Allez-vous-en ! Quoi donc qui me portera malheur ? Allez-vous-en ! tas de mécréants !

Elle allait nous sauter au visage. Nous nous sommes enfuis le cœur crispé.

Quand nous fûmes devant la porte, mon ami me demanda :

— Eh bien ! Tu l’as vue ? Qu’en dis-tu ?

Je répondis :

— Apprends-moi donc l’histoire de cette brute.

Et voici ce qu’il me conta en revenant à pas lents sur la grand’route blanche, bordée de récoltes déjà mûres, qu’un vent léger,