Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/100

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La mer grossissait, battait maintenant notre épave. Moi, je ne pensais plus qu’à cette voix. Et je pensais aussi aux sirènes. Si une barque avait passé près de nous, qu’auraient dit les matelots ? Mon esprit tourmenté s’égarait dans le rêve ! Une sirène ! N’était-ce point, en effet, une sirène, cette fille de la mer, qui m’avait retenu sur ce navire vermoulu et qui, tout à l’heure, allait s’enfoncer avec moi dans les flots ?…

Mais nous roulâmes brusquement tous les cinq sur le pont, car le Marie-Joseph s’était affaissé sur son flanc droit. L’Anglaise étant tombée sur moi, je l’avais saisie dans mes bras, et follement, sans savoir, sans comprendre, croyant venue ma dernière seconde, je baisais à pleine bouche sa joue, sa tempe et ses cheveux. Le bateau ne remuait plus ; nous autres aussi ne bougions point.

Le père dit : « Kate ! » Celle que je tenais répondit « yes », et fit un mouvement pour se dégager. Certes, à cet instant j’aurais voulu que le bateau s’ouvrît en deux pour tomber à l’eau avec elle.

L’Anglais reprit :

— Une petite bascoule, ce n’été rien. J’avé mes trois filles conserves.