Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/122

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


eux, là, comme en province. De Paris, du vrai Paris, ils ne connaissent rien, ils ne soupçonnent rien ; ils sont si loin, si loin ! Parfois, cependant, ils y font un voyage, un long voyage. Mme Chantal va aux grandes provisions, comme on dit dans la famille. Voici comment on va aux grandes provisions.

Mlle Perle, qui a les clefs des armoires de cuisine (car les armoires au linge sont administrées par la maîtresse elle-même), Mlle Perle prévient que le sucre touche à sa fin, que les conserves sont épuisées, qu’il ne reste plus grand-chose au fond du sac à café.

Ainsi mise en garde contre la famine, Mme Chantal passe l’inspection des restes, en prenant des notes sur un calepin. Puis, quand elle a inscrit beaucoup de chiffres, elle se livre d’abord à de longs calculs et ensuite à de longues discussions avec Mlle Perle. On finit cependant par se mettre d’accord et par fixer les quantités de chaque chose dont on se pourvoira pour trois mois : sucre, riz, pruneaux, café, confitures, boites de petits pois, de haricots, de homard, poissons salés ou fumés, etc., etc.

Après quoi, on arrête le jour des achats et on s’en va, en fiacre, dans un fiacre à galerie,