Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/35

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Les deux médecins essayèrent de l’emmener pour qu’elle ne vît pas enlever la petite ; mais elle comprit tout de suite ce qu’on allait faire, et, se jetant sur le corps, elle le saisit à pleins bras. Couchée dessus, elle criait : « Vous ne l’aurez pas, c’est à moi, c’est à moi à c’t’heure. On me l’a tuée ; j’veux la garder, vous l’aurez pas ! »

Tous les hommes, troublés et indécis, restaient debout autour d’elle. Renardet se mit à genoux pour lui parler : « Écoutez, la Roque, il le faut, pour savoir celui qui l’a tuée ; sans ça on ne saurait pas ; il faut bien qu’on le cherche pour le punir. On vous la rendra quand on l’aura trouvé, je vous le promets. »

Cette raison ébranla la femme et une haine s’éveillant dans son regard affolé : « Alors on le prendra ? dit-elle.

— Oui, je vous le promets. »

Elle se releva, décidée à laisser faire ces gens ; mais le capitaine ayant murmuré : « C’est surprenant qu’on ne retrouve pas ses vêtements », une idée nouvelle qu’elle n’avait pas encore eue, entra brusquement dans sa tête de paysanne et elle se demanda :

— Ous qu’é sont ses hardes ; c’est à mé. Je les veux. Ous qu’on les a mises ?