Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/42

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obsédait, paraissait planer sur le pays comme une incessante menace.

La futaie, d’ailleurs, était devenue un endroit redouté, évité, qu’on croyait hanté. Autrefois, les habitants venaient s’y promener chaque dimanche dans l’après-midi. Ils s’asseyaient sur la mousse au pied des grands arbres énormes, ou bien s’en allaient le long de l’eau en guettant les truites qui filaient sous les herbes. Les garçons jouaient aux boules, aux quilles, au bouchon, à la balle, en certaines places où ils avaient découvert, aplani et battu le sol ; et les filles, par rangs de quatre ou cinq, se promenaient en se tenant par le bras, piaillant de leurs voix criardes des romances qui grattaient l’oreille, dont les notes fausses troublaient l’air tranquille et agaçaient les nerfs des dents ainsi que des gouttes de vinaigre. Maintenant personne n’allait plus sous la voûte épaisse et haute, comme si on se fût attendu à y trouver toujours quelque cadavre couché.

L’automne vint, les feuilles tombèrent. Elles tombaient jour et nuit, descendaient en tournoyant, rondes et légères, le long des grands arbres ; et on commençait à voir le ciel à travers les branches. Quelquefois,