Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/51

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son cabinet de toilette, trempa une serviette dans la cruche à eau et se mouilla le front, comme il avait fait le matin du crime. Puis il se remit à marcher. Chaque fois qu’il passait devant sa table, l’arme brillante attirait son regard, sollicitait sa main ; mais il guettait la pendule et pensait : « J’ai encore le temps. »

La demie de six heures sonna. Il prit alors le revolver, ouvrit la bouche toute grande avec une affreuse grimace, et enfonça le canon dedans comme s’il eût voulu l’avaler. Il resta ainsi quelques secondes, immobile, le doigt sur la gâchette, puis, brusquement secoué par un frisson d’horreur, il cracha le pistolet sur le tapis.

Et il retomba sur son fauteuil en sanglotant : « Je ne peux pas. Je n’ose pas ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Comment faire pour avoir le courage de me tuer ! »

On frappait à la porte ; il se dressa, affolé. Un domestique disait : « Le dîner de monsieur est prêt. » Il répondit : « C’est bien. Je descends. »

Alors il ramassa l’arme, l’enferma de nouveau dans le tiroir, puis se regarda dans la glace de la cheminée pour voir si son visage