Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/53

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essayait de chanter ; c’était en vain ; sa pensée, malgré lui, retournait au jour du meurtre, et le lui faisait recommencer dans ses détails les plus secrets, avec toutes ses émotions les plus violentes de la première minute à la dernière.

Il avait senti, en se levant, ce matin-là, le matin de l’horrible jour, un peu d’étourdissement et de migraine qu’il attribuait à la chaleur, de sorte qu’il était resté dans sa chambre jusqu’à l’appel du déjeuner. Après le repas, il avait fait la sieste ; puis il était sorti vers la fin de l’après-midi pour respirer la brise fraîche et calmante sous les arbres de sa futaie.

Mais, dès qu’il fut dehors, l’air lourd et brûlant de la plaine l’oppressa davantage. Le soleil, encore haut dans le ciel, versait sur la terre calcinée, sèche et assoiffée, des flots de lumière ardente. Aucun souffle de vent ne remuait les feuilles. Toutes les bêtes, les oiseaux, les sauterelles elles-mêmes se taisaient. Renardet gagna les grands arbres et se mit à marcher sur la mousse où la Brindille évaporait un peu de fraîcheur sous l’immense toiture de branches. Mais il se sentait mal à l’aise. Il lui semblait qu’une main inconnue,