Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/72

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À ses pieds il voyait couler la Brindille, dans les roches où il s’écraserait tout à l’heure. Il se sentait renaître dans cette belle aurore glacée, et plein de force, plein de vie. La lumière le baignait, l’entourait, le pénétrait comme une espérance. Mille souvenirs l’assaillaient, des souvenirs de matins pareils, de marche rapide sur la terre dure qui sonnait sous les pas, de chasses heureuses au bord des étangs où dorment les canards sauvages. Toutes les bonnes choses qu’il aimait, les bonnes choses de l’existence accouraient dans son souvenir, l’aiguillonnaient de désirs nouveaux, réveillaient tous les appétits vigoureux de son corps actif et puissant.

Et il allait mourir ? Pourquoi ? Il allait se tuer subitement parce qu’il avait peur d’une ombre ? peur de rien ? Il était riche et jeune encore ! Quelle folie ! Mais il lui suffisait d’une distraction, d’une absence, d’un voyage pour oublier ! Cette nuit même, il ne l’avait pas vue, l’enfant, parce que sa pensée préoccupée, s’était égarée sur autre chose. Peut-être ne la reverrait-il plus ? Et si elle le hantait encore dans cette maison, certes, elle ne le suivrait pas ailleurs ! La terre était grande, et l’avenir long ! Pourquoi mourir ?