Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/92

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tré dans cette sombre galerie, à peine éclairée, ils poussèrent des cris d’étonnement et d’admiration ; et soudain le père et les trois filles tinrent en leurs mains des albums, cachés sans doute dans leurs grands vêtements imperméables, et ils commencèrent en même temps quatre croquis au crayon de ce lieu triste et bizarre.

Ils s’étaient assis, côte à côte, sur une poutre en saillie, et les quatre albums, sur les huit genoux. se couvraient de petites lignes noires qui devaient représenter le ventre entr’ouvert du Marie-Joseph.

Tout en travaillant, l’aînée des fillettes causait avec moi, qui continuais à inspecter le squelette du navire.

J’appris qu’ils passaient l’hiver à Biarritz et qu’ils étaient venus tout exprès à l’île de Ré pour contempler ce trois-mâts enlisé. Ils n’avaient rien de la morgue anglaise, ces gens ; c’étaient de simples et braves toqués, de ces errants éternels dont l’Angleterre couvre le monde. Le père, long, sec, la figure rouge encadrée de favoris blancs, vrai sandwich vivant, une tranche de jambon découpée en tête humaine entre deux coussinets de poils ; les filles, hautes sur jambes, de petits échas-