Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/177

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porel et spirituel, et regrettait que la chambre des Pairs n’eût pas encore son banc des évêques, comme la chambre des Lords avait le sien. Néanmoins l’abbé, sachant que le carême lui permettait de prendre sa revanche, céda la place au général et sortit. À peine la duchesse se leva-t-elle pour rendre à son directeur l’humble révérence qu’elle en reçut, tant elle était intriguée par l’attitude de Montriveau.

— Qu’avez-vous, mon ami ?

— Mais j’ai votre abbé sur l’estomac.

— Pourquoi ne preniez-vous pas un livre ? lui dit-elle sous se soucier d’être ou non entendue par l’abbé qui fermait la porte.

Montriveau resta muet pendant un moment, car la duchesse accompagna ce mot d’un geste qui en relevait encore la profonde impertinence.

— Ma chère Antoinette, je vous remercie de donner à l’Amour le pas sur l’Église ; mais, de grâce, souffrez que je vous adresse une question.

— Ah ! vous m’interrogez. Je le veux bien, reprit-elle. N’êtes-vous pas mon ami ? je puis, certes, vous montrer le fond de mon cœur, vous n’y verrez qu’une image.

— Parlez-vous à cet homme de notre amour ?

— Il est mon confesseur.

— Sait-il que je vous aime ?

— Monsieur de Montriveau, vous ne prétendez pas, je pense, pénétrer les secrets de ma confession ?

— Ainsi cet homme connaît toutes nos querelles et mon amour pour vous…

— Un homme, monsieur ! dites Dieu.

— Dieu ! Dieu ! je dois être seul dans votre cœur. Mais laissez Dieu tranquille là où il est, pour l’amour de lui et de moi. Madame, vous n’irez plus à confesse, ou…

— Ou ? dit-elle en souriant.

— Ou je ne reviendrai plus ici.

— Partez, Armand. Adieu, adieu pour jamais.

Elle se leva et s’en alla dans son boudoir, sans jeter un seul regard à Montriveau, qui resta debout, la main appuyée sur une chaise. Combien de temps resta-t-il ainsi, jamais il ne le sut lui-même. L’âme a le pouvoir inconnu d’étendre comme de resserrer l’espace. Il ouvrit la porte du boudoir, il y faisait nuit. Une voix