Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/263

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pillée, les uns ont le capital, et les autres l’attendent ; ils ont les mêmes tailleurs, mais les factures de ceux-là sont à solder. Puis si les uns, semblables à des cribles, reçoivent toutes espèces d’idées, sans en garder aucune ; ceux-là les comparent et s’assimilent toutes les bonnes. Si ceux-ci croient savoir quelque chose, ne savent rien et comprennent tout ; prêtent tout à ceux qui n’ont besoin de rien et n’offrent rien à ceux qui ont besoin de quelque chose ; ceux-là étudient secrètement les pensées d’autrui, et placent leur argent aussi bien que leurs folies à gros intérêts. Les uns n’ont plus d’impressions fidèles, parce que leur âme, comme une glace dépolie par l’user, ne réfléchit plus aucune image ; les autres économisent leur sens et leur vie tout en paraissant la jeter, comme ceux-là, par les fenêtres. Les premiers, sur la foi d’une espérance, se dévouent sans conviction à un système qui a le vent et remonte le courant, mais ils sautent sur une autre embarcation politique, quand la première va en dérive ; les seconds toisent l’avenir, le sondent et voient dans la fidélité politique ce que les Anglais voient dans la probité commerciale, un élément de succès. Mais là où le jeune homme qui a quelque chose fait un calembour ou dit un bon mot sur le revirement du trône ; celui qui n’a rien, fait un calcul public, ou une bassesse secrète, et parvient tout en donnant des poignées de main à ses amis. Les uns ne croient jamais de facultés à autrui, prennent toutes leurs idées comme neuves, comme si le monde était fait de la veille, ils ont une confiance illimitée en eux, et n’ont pas d’ennemi plus cruel que leur personne. Mais les autres sont armés d’une défiance continuelle des hommes qu’ils estiment à leur valeur, et sont assez profonds pour avoir une pensée de plus que leurs amis qu’ils exploitent ; alors le soir, quand leur tête est sur l’oreiller, ils pèsent les hommes comme un avare pèse ses pièces d’or. Les uns se fâchent d’une impertinence sans portée et se laissent plaisanter par les diplomates qui les font poser devant eux en tirant le fil principal de ces pantins l’amour-propre ; tandis que les autres se font respecter et choisissent leurs victimes et leurs protecteurs. Alors, un jour, ceux qui n’avaient rien, ont quelque chose et ceux qui avaient quelque chose, n’ont rien. Ceux-ci regardent leurs camarades parvenus à une position comme des sournois, des mauvais cœurs, mais aussi comme des hommes forts. — Il est très fort !… est l’immense éloge décerné à ceux qui sont arrivés, quibuscumque viis, à la politique, à une femme ou à une for-