Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/71

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égal des joues et la blancheur mate du teint, deux fonds purs sur lesquels se jouaient si naïvement les sentiments de cette belle âme.

— Elle souffre, se dit Jules. Pauvre Clémence, que Dieu nous protége !

Il la baisa bien doucement sur le front. Elle s’éveilla, vit son mari et comprit tout ; mais, ne pouvant parler, elle lui prit la main, et ses yeux se mouillèrent de larmes.

— Je suis innocente, dit-elle en achevant son rêve.

— Tu ne sortiras pas, lui demanda Jules.

— Non, je me sens trop faible pour quitter mon lit.

— Si tu changes d’avis, attends mon retour, dit Jules.

Et il descendit à la loge.

— Fouquereau, vous surveillerez exactement votre porte, je veux connaître les gens qui entreront dans l’hôtel, et ceux qui en sortiront.

Puis monsieur Jules se jeta dans un fiacre, se fit conduire à l’hôtel de Maulincour, et y demanda le baron.

— Monsieur est malade, lui dit-on.

Jules insista pour entrer, donna son nom ; et, à défaut de monsieur de Maulincour, il voulut voir le vidame ou la douairière. Il attendit pendant quelque temps dans le salon de la vieille baronne qui vint le trouver, et lui dit que son petit-fils était beaucoup trop indisposé pour le recevoir.

— Je connais, madame, répondit Jules, la nature de sa maladie par la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, et je vous prie de croire…

— Une lettre à vous, monsieur ! de moi ! s’écria la douairière en l’interrompant, mais je n’ai point écrit de lettre. Et que m’y fait-on dire, monsieur, dans cette lettre ?

— Madame, reprit Jules, ayant l’intention de venir chez monsieur de Maulincour aujourd’hui même, et de vous rendre cette lettre, j’ai cru pouvoir la conserver malgré l’injonction qui la termine. La voici.

La douairière sonna pour avoir ses doubles besicles, et, lorsqu’elle eut jeté les yeux sur le papier, elle manifesta la plus grande surprise.

— Monsieur, dit-elle, mon écriture est si parfaitement imitée, que s’il ne s’agissait pas d’une affaire récente je m’y tromperais moi-même. Mon petit-fils est malade, il est vrai, monsieur ; mais