Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IX.djvu/91

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— À qui le dis-tu ? Mais encore quelques jours, et il n’existera pas un homme qui puisse me démentir. D’ailleurs, monsieur de Maulincour doit être hors d’état de se souvenir… Voyons, folle, sèche tes larmes, et songe…

En ce moment, un cri terrible retentit dans la chambre où était monsieur Jules Desmarets.

— Ma fille, ma pauvre fille !

Cette clameur passa par la légère ouverture pratiquée au-dessus de l’armoire, et frappa de terreur Ferragus et madame Jules.

— Va voir ce que c’est, Clémence.

Clémence descendit avec rapidité le petit escalier, trouva toute grande ouverte la porte de l’appartement de madame Gruget, entendit les cris qui retentissaient dans l’étage supérieur, monta l’escalier, vint, attirée par le bruit des sanglots, jusque dans la chambre fatale, où, avant d’entrer, ces mots parvinrent à son oreille : — C’est vous, monsieur, avec vos imaginations, qui êtes cause de sa mort.

— Taisez-vous, misérable, disait Jules en mettant son mouchoir sur la bouche de la veuve Gruget, qui cria : — À l’assassin ! au secours !

En ce moment, Clémence entra, vit son mari, poussa un cri et s’enfuit.

— Qui sauvera ma fille, demanda la veuve Gruget après une longue pause. Vous l’avez assassinée.

— Et comment ? demanda machinalement monsieur Jules stupéfait d’avoir été reconnu par sa femme.

— Lisez, monsieur, cria la vieille en fondant en larmes. Y a-t-il des rentes qui puissent consoler de cela !

« Adieu, ma mère ! je le lege tout ce que j’é. Je te demande pardon de mes fotes et du dernié chagrin que je te donne en mettant fain à mes jours. Henry, que j’aime plus que moi-même, m’a dit que je faisai son malheure, et puisqu’il m’a repoussé de lui, et que j’ai perdu toutes mes espairence d’établiceman, je vai me noyer. J’irai au-dessous de Neuilly pour n’être point mise à la Morgue. Si Henry ne me hait plus après que je m’ai puni par la mor, prie le de faire enterrer une povre fille dont le cœur n’a battu que pour lui, et qu’il me pardonne, car j’ai eu tort de me