Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, X.djvu/437

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— Bonjour, mon ami, lui dit-elle d’un air riant.

— Je ne te demanderai pas si tu es bien ici, dit César en regardant Popinot.

— Comme chez mon fils, répondit-elle avec un air attendri qui frappa l’ex-négociant.

Birotteau prit Popinot, l’embrassa en disant : — Je viens de perdre à jamais le droit de l’appeler mon fils.

— Espérons, dit Popinot. Votre huile marche, grâce à mes efforts dans les journaux, à ceux de Gaudissart qui a fait la France entière, qui l’a inondée d’affiches, de prospectus, et qui maintenant fait imprimer à Strasbourg des prospectus allemands, et va descendre comme une invasion sur l’Allemagne. Nous avons obtenu le placement de trois mille grosses.

— Trois mille

[Coquille du Furne : Trois milles.]
grosses ! dit César.

— Et j’ai acheté, dans le faubourg Saint-Marceau, un terrain, pas cher, où l’on construit une fabrique. Je conserverai celle du faubourg du Temple.

— Ma femme, dit Birotteau à l’oreille de Constance, avec un peu d’aide, on s’en serait tiré.

César, sa femme et sa fille se comprirent. Le pauvre employé voulut atteindre à un résultat sinon impossible, du moins gigantesque : au payement intégral de sa dette ! Ces trois êtres, unis par le lien d’une probité féroce, devinrent avares, et se refusèrent tout : un liard leur paraissait sacré. Par calcul, Césarine eut pour son commerce un dévouement de jeune fille. Elle passait les nuits, s’ingéniait pour accroître la prospérité de la maison, trouvait des dessins d’étoffes et déployait un génie commercial inné. Les maîtres étaient obligés de modérer son ardeur au travail, ils la récompensaient par des gratifications ; mais elle refusait les parures et les bijoux que lui proposaient ses patrons. De l’argent ! était son cri. Chaque mois, elle apportait ses appointements, ses petits gains, à son oncle Pillerault. Autant en faisait César, autant madame Birotteau. Tous trois se reconnaissant inhabiles, aucun d’eux ne voulant assumer sur lui la responsabilité du mouvement des fonds, ils avaient remis à Pillerault la direction suprême du placement de leurs économies. Redevenu négociant, l’oncle tirait parti des fonds dans les reports à la Bourse. On apprit plus tard qu’il avait été secondé dans cette œuvre par Jules Desmarets et par Joseph Lebas, empressés l’un et l’autre de lui indiquer les affaires sans risques.