Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/141

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entre les saillies de la gaité, et les transports des plus furieuses passions.

Mais les Drames et le bon sens ont triomphé de toutes leurs clameurs. C’est envain qu’ils ont voulu nous faire honte du plaisir que ces ouvrages nous procuroient, et nous persuader qu’il n’étoit permis de s’attendrir que sur les catastrophes des Rois et des Héros : tandis qu’ils faisoient des livres contre les Drames, nous courrions au Théâtre les voir représenter, et nous éprouvions que nos larmes peuvent couler avec douceur pour d’autres malheurs que ceux d’Oreste et d’Andromaque ; nous sentions que plus l’action ressemble aux événements ordinaires de la vie, plus les personnages sont rapprochés de notre condition, et plus l’illusion est complette, l’intérêt puissant, et l’instruction frappante.

C’est, ce me semble, dans la classe des Drames que l’on doit ranger Sydnei ; mais quelque nom qu’on lui donne, cette Pièce sera toujours un des plus beaux titres de la gloire de Gresset. Ce n’étoit point l’ouvrage d’un talent médiocre, d’oser le premier développer sur la Scène Françoise la situation d’un homme fatigué de la vie, occupé des tristes apprêts d’une mort volontaire ; de traiter avec succès un sujet si lugubre, si étranger à nos mœurs et à notre Théâtre. C’est cependant dans le seul développement de ce caractère, que Gresset a trouvé la matière d’un de nos meilleurs Drames. On a admiré l’art avec lequel il a sçu le faire ressortir par le contraste de la mélancolie du principal personnage avec la gaité qui brille dans le rôle du Valet : on a été frappé de la force et de l’élégance qui distingue le style de cet ouvrage ; ce qui me paroît sur tout digne des plus grands éloges, c’est l’intrigue, intéressante malgré son extrême simplicité, et malgré la Philosophie qui domine dans toute la Pièce. Il est vrai que cette Philosophie naît du fond même du sujet ; qu’elle est liée à l’action, et qu’elle parle au cœur le langage du sentiment, en même tems qu’elle présente à l’esprit les plus justes et les plus nobles idées. Il n’est peut-être point de pièce en ce genre qui offre