Page:Œuvres complètes de Maximilien de Robespierre, tome 1.djvu/197

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principe de ce sentiment que je viens de vous expliquer, vous verrez d’abord qu’il part de la même source d’où découlent tous les talens et toutes les vertus ; c’est-à-dire une imagination sensible et riante et une âme à la fois douce et élevée. Aussi dans le sens vraiment orthodoxe, l’amour de la rose est précisément la même chose que l’amour de la vertu : un Rosati est effectivement un bon citoyen, un bon père de famille ; un ami sincère, un amant fidèle. Si une fleur aimable a des droits sur son cœur, sera-t-il moins tendre pour sa maîtresse, pour ses amis, pour sa femme, pour ses enfans ? Je conviens cependant que le titre de Rosati suppose encore d’autres qualités qui sont même le seul rapport sous lequel le vulgaire semble le connoître ; je parle des talens agréables et de l’amabilité, car on se représente communément un Rosati sous l’idée d’un homme qui joint à l’agrément de faire de jolis vers, le mérite d’aimer le bon vin. Or, vous concevez, Monsieur, que tout cela est une suite des vertus fondamentales de la société et prend sa source dans l’amour de la rose : il n’est pas difficile à celui qui possède un esprit aimable et un bon cœur de boire de bon vin en bonne compagnie ; il n’est pas plus difficile de faire de bons vers, cette vérité nous a été démontrée par un événement dont le souvenir nous est encore cher.

Nous avons vu dans nos assemblées des guerriers sçavants dont les mains ne sembloient destinées qu’à tenir le compas d’Uranie et à diriger les foudres de Mars ; des magistrats orateurs accoutumés à régler la balance de la justice, consentir à essaier quelques airs sur le luth d’Anacréon ; pleins d’une timide défiance, ils osoient à peine toucher cet instrument nouveau, de peur de n’en tirer que des sons discordans ; les jeunes favoris des muses sourioient en voiant leur modeste embarras ; le luth divin rendit sous leurs doigts des accords qu’Apollon et les Grâces écoutèrent avec transport. Ils nous enchantèrent sans nous surprendre ; nous trouvions facilement l’explication de ce phénomène dans l’amour de la rose.