Page:Œuvres de Blaise Pascal, II.djvu/209

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LETTRE DE PASCAL A M. LE PAILLEUR 193

marque sensible de son estre, et que l'esprit n'en conçoit aucune nécessité, il peut, avec autant de force, et davantage, nier le vuide, parce qu'il a cela de commun avec elle, que pas un des sens ne l'aperçoit. Yoicy ses termes : « Nous disons qu'il y a de Veaa, parce que nous la voyons et la touchons ; nous disons qu'il y a de l'air dans un halon enflé, parce que nous sentons la résistance ; quil y a du feu, parce que nous sentons la chaleur ; mais le vuide véritable ne touche aucun sens. »

Mais je m'estonne qu'il fasse un parallèle de choses si inégales, et qu'il n'ait pas pris garde que, comme il n'y a rien de si contraire à l'estre que le néant, ni à l'affirmation que la négation, on procède aux preuves de l'un et de l'autre par des moyens con- traires ; et que ce qui fait l'establissement de l'un est la ruine de l'autre. Car que faut il pour arriver à la connoissance du néant, que deconnoistre une entière privation de toutes sortes de qualitez et d'effets ; au lieu que, s'il en paroissoit un seul, on concluroit, au contraire, l'existence réelle d'une cause qui le produiroit ? Et ensuite il dit : (( Voyez, Monsieur, lequel de nous deux est le plus croyable, ou vous qui affirmez un espace qui ne tombe point sous les sens, et qui ne sert ny à l'art ny à la nature, et ne l'employez que pour décider une question Jort douteuse, etc. »

Mais, Monsieur, je vous laisse à juger, lorsqu'on ne voit rien, et que les sens n'apperçoivent rien dans un lieu, lequel est mieux fondé, ou de celuy qui affirme qu'il y a quelque chose, quoy qu'il n'ap-

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