Page:Œuvres de Spinoza, trad. Appuhn, tome I.djvu/320

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ce qu’il vient de connaître avec certitude : car il pouvait douter de son corps, mais non de son essence en tant qu’il pensait. De plus, ne pouvant percevoir clairement et distinctement ces choses, il devait, pour se conformer à la règle de méthode qu’il s’était prescrite, les rejeter comme si elles étaient fausses. Puis donc qu’il ne pouvait, ayant égard à ce qu’il savait déjà de lui-même, les reconnaître comme lui appartenant, il continue à chercher plus outre les choses qui appartenaient proprement à son essence, celles qu’il n’avait pu révoquer en doute et à cause desquelles il lui fallait affirmer son existence. De telle nature sont les suivantes : il voulait prendre garde â ne pas se tromper, il désirait acquérir des idées claires de beaucoup de choses ; il doutait de tout ce qu’il ne pouvait concevoir clairement ; jusqu’à présent il n’avait affirmé qu’une seule vérité ; il niait et rejetait comme faux tout le reste ; il imaginait malgré lui beaucoup de choses ; il en observait enfin beaucoup qui semblaient venir des sens. Comme de chacune de ces manières d’être prise à part son existence ressortait avec une égale évidence et qu’il ne pouvait en ranger aucune parmi les choses révoquées en doute, qu’enfin toutes pouvaient se concevoir sous le même attribut, il s’ensuit que ce sont autant de vérités et de manières d’être appartenant à sa nature. Et ainsi en disant je pense, comme il l’avait fait, il entendait tous ces modes de penser : douter, connaître, affirmer, nier, vouloir, ne pas vouloir, imaginer et sentir.

Il faut noter avant tout ici, ce qui sera d’un grand usage par la suite, où il s’agira de la distinction de l’âme d’avec le corps :

1 Que ces modes de penser sont connus clairement