Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 12, 1838.djvu/166

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sont à plaindre les conseillers d’un prince qui manque de force et de persévérance dans le bien comme dans le mal ! »


CHAPITRE XV.


Et cependant il croit, ah, ah ! que je suis l’instrument et l’esclave de sa volonté. À merveille ! qu’il en soit ainsi : à travers ce labyrinthe de trouble créé par ses complots et sa basse oppression, je me frayerai un chemin à de plus grandes choses ; et qui osera me donner tort ?
Joana Baillie, Basile, tragédie.


Jamais araignée ne se donna plus de peine pour réparer les fils endommagés de sa toile que n’en prit Waldemar Fitzurse pour réunir et concilier les membres dispersés de la faction de Jean. Bien peu d’entre eux lui étaient attachés par inclination, aucun ne l’était par estime personnelle. Il devenait donc nécessaire que Fitzurse leur fît connaître les nombreux avantages qu’ils pouvaient espérer, et leur rappelât ceux dont ils avaient joui jusqu’alors. Aux jeunes nobles indisciplinés, il présentait l’appât d’une licence effrénée et d’une débauche sans contrôle ; il séduisait les ambitieux par l’espoir du commandement, et les âmes intéressées en leur faisant entrevoir un accroissement de richesses et des domaines plus considérables. Les chefs des bandes mercenaires reçurent des gratifications en argent, moyen le plus puissant pour captiver leur esprit, sans lequel tous les autres eussent été infructueux. Ce personnage habile distribuait encore plus de promesses que d’argent, et il n’oubliait rien pour entraîner les indécis et ranimer tous ceux qui paraissaient découragés. Il parlait du retour du roi Richard comme d’un événement tout-à-fait improbable ; néanmoins, lorsqu’il s’apercevait, aux regards douteux et aux réponses ambiguës de ceux à qui il s’adressait, que c’était précisément cette crainte qui les obsédait, il disait d’un ton d’assurance que le retour de Richard, dût-il avoir lieu, ne devait rien changer à leurs calculs politiques.

« Si Richard revient, disait-il, ce sera pour enrichir ses croisés appauvris et malheureux, aux dépens de ceux qui ne l’ont pas suivi en Palestine ; ce sera pour demander un compte rigoureux et terrible à tous ceux qui, durant son absence, ont commis ce qu’il ap-