Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/101

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jeune chevalier afin de porter une accusation contre les citoyens. Cependant les femmes, qui commençaient alors à sortir de leurs maisons, trouvèrent, pour résoudre le problème de cette apparition, une clef qui, à cette époque, était jugée suffisante pour faire cesser toute espèce de mystère. « Le diable, disaient-elles, doit nécessairement s’être montré d’une manière visible parmi eux : » explication qui s’était déjà présentée à l’esprit des compagnons de sir Aymer. En effet, qu’un homme vivant et un cheval, tous deux, à ce qu’il semblait, d’une taille gigantesque, pussent être évoqués en un clin-d’œil et apparaître dans une rue gardée d’un bout par les meilleurs archers et de l’autre par les cavaliers que commandait Valence lui-même, c’était, à ce qu’il paraissait, une chose tout-à-fait impossible. Les habitants n’osaient pas exprimer tout haut leur pensée sur un tel incident, et s’indiquaient seulement les uns aux autres, par un mot qu’ils échangeaient à la dérobée, le plaisir secret qu’ils ressentaient en voyant la confusion et l’embarras de la garnison anglaise. Néanmoins ils continuaient toujours d’affecter un grand zèle et de prendre beaucoup d’intérêt, tant à l’aventure qui était arrivée à de Valence qu’au désir qu’il manifestait de connaître la cause de cette alarme.

Enfin, une voix de femme se fit entendre par dessus cette Babel de sons confus, disant : « Où est le chevalier anglais ? je suis sûre de pouvoir lui dire où il trouvera la seule personne capable de le tirer d’embarras. — Et quelle est cette personne, bonne femme ? » dit Aymer de Valence qui s’impatientait de plus en plus en voyant le temps qu’il perdait à une recherche passablement ennuyeuse et même ridicule. En même temps la vue d’un partisan des Douglas, armé de pied en cap, dans leur ville natale, semblait comporter de trop sérieuses conséquences pour qu’il laissât passer cet incident sans découvrir le fond de l’affaire.

« Approchez, dit la voix de femme, et je vous nommerai la seule personne qui puisse vous expliquer les aventures de ce genre qui arrivent dans ce pays. » À ces mots, le chevalier prit une torche des mains de ceux qui étaient près de lui, et l’élevant en l’air, découvrit la personne qui parlait, une grande femme, qui évidemment faisait tous ses efforts pour se faire apercevoir. Lorsqu’il se fut approché d’elle, cette femme lui communiqua d’un ton grave et sentencieux ce qu’elle avait à lui dire.

« Nous avons eu jadis dans ce pays des savants qui auraient deviné toutes les paraboles qu’on aurait pu leur proposer. Et si vous-