Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/11

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Édouard VI. Celle du voyageur était plus propre, vu la riche étoffe dont elle était faite, à briller dans un lieu public, qu’à garantir d’un orage ou d’une averse. On y remarquait encore les deux couleurs, car elle était composée de différentes taillades bleues et violettes ; et l’homme qui la portait, sans doute pour se donner un certain air de distinction, l’avait ornée d’une plume de dimension considérable, et aussi des couleurs favorites. Les traits au dessus desquels se balançait cette espèce de panache n’avaient absolument rien de remarquable pour l’expression. Néanmoins, dans un pays aussi triste que l’ouest de l’Écosse, il aurait été difficile de passer près de cet individu sans lui accorder plus d’attention qu’il n’en aurait excité dans un lieu où la nature du paysage aurait été plus propre à captiver les regards des passants.

Un œil vif, un air sociable qui semblaient dire : « Oui, regardez-moi, je suis un homme qui vaut la peine d’être remarqué, » donnaient de l’individu une idée qui pouvait être favorable ou défavorable, suivant le caractère des personnes que rencontrait le voyageur. Un chevalier ou un soldat aurait pu s’imaginer simplement qu’il avait rencontré un joyeux gaillard, bien capable de chanter une chanson, de conter une histoire un peu leste, et de boire sa part d’un flacon, doué enfin de toutes les qualités qui constituent un gai camarade d’hôtellerie, sinon que peut-être il ne mettait pas trop d’empressement à payer son écot. D’un autre côté, un ecclésiastique aurait trouvé que le personnage habillé de bleu et de violet avait des mœurs un peu trop relâchées, et ne savait pas assez contenir sa gaîté pour que sa compagnie pût convenir à un ministre des autels. Cependant on voyait sur la physionomie du ménestrel une certaine assurance, d’où il était permis de conclure qu’il n’aurait pas été déplacé dans des scènes sérieuses. Un riche voyageur (et le nombre n’en était pas considérable à cette époque) aurait pu redouter en lui un voleur de profession, ou un homme capable de profiter de l’occasion pour devenir tel ; une femme aurait craint de sa part une conduite peu respectueuse, et un jeune homme, une personne timide, eût songé tout de suite à un meurtre ou à de coupables violences. Néanmoins, s’il ne portait pas d’armes cachées, le ménestrel était mal équipé pour entreprendre aucune voie de fait. Sa seule arme visible était un petit sabre recourbé, semblable à ce que nous appelons aujourd’hui un coutelas ; et l’époque aurait justifié tout individu, si pacifiques que fussent ses intentions, de s’armer ainsi contre les dangers de la route. Mais si