Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/59

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vigilance excessive. Sir Aymer de Valence n’était pas exempt non plus d’un pareil changement : les soupçons, quoique provenant d’une cause différente, semblaient aussi menacer d’une funeste influence son caractère noble et franc et les brillantes qualités qui l’avaient distingué jusque là. Ce fut en vain que sir John de Walton rechercha avec empressement les occasions d’accorder à son jeune ami toutes les licences et faveurs compatibles avec les devoirs qu’il avait à remplir dans l’intérieur de la place : le coup était frappé ; l’alarme avait été donnée des deux parts à un naturel fier et hautain, et, tandis que de Valence se croyait injustement soupçonné par un ami qui sous certains rapports lui devait beaucoup, de l’autre côté sir de Walton était conduit à penser qu’un jeune homme à l’éducation duquel il avait veillé comme s’il eût été son propre fils, qui devait à ses leçons toutes les connaissances militaires qu’il avait acquises et tous les succès qu’il avait obtenus dans le monde, s’était offensé pour des bagatelles, et se considérait comme injustement maltraité. Les germes de mésintelligence ainsi répandus entre eux ne manquèrent pas, comme l’ivraie semée par le démon au milieu du bon grain, de se propager d’une partie de la garnison à une autre. Les soldats, quoique sans meilleure raison que le besoin de passer le temps, prirent parti pour leur gouverneur et son jeune lieutenant ; et une fois que la pomme de discorde fut lancée parmi eux, il ne manqua jamais de bras ni de mains pour la tenir en mouvement.