Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/74

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Quand il eut gravi la première éminence d’où l’on pouvait apercevoir les murailles massives et les nombreuses tours de la vieille forteresse, ainsi que les larges fossés remplis d’eau qui l’entouraient de trois côtés, il ressentit un plaisir inexprimable à la vue de la grande bannière anglaise qui flottait au plus haut de l’édifice. « Je savais bien, » se dit-il intérieurement ; « j’étais bien sûr que sir John de Walton était devenu une vraie femme en s’abandonnant à ses craintes et à ses soupçons. Hélas ! se peut-il que le poids d’une telle responsabilité ait ainsi changé un caractère que j’ai connu si noble, si digne d’un chevalier ! Sur ma parole, je ne savais plus quelle conduite je devais tenir en m’entendant réprimander ainsi devant toute la garnison. Certainement il mérite que je lui dise un jour ou l’autre : Vous triomphez, sire de Walton, dans l’exercice d’une autorité précaire ; néanmoins, quand il s’agira de se montrer homme à homme, il vous sera difficile de rester supérieur à Aymer de Valence, et peut-être de vous établir comme son égal… Mais si au contraire ses craintes, quoique exagérées, étaient sincères au moment où il les exprimait, il convient que j’obéisse ponctuellement à des ordres absurdes en apparence : ils me sont donnés par suite de la confiance du gouverneur qui les croit nécessités par la circonstance, et n’ont pas pour but unique de vexer et de dominer des subalternes. Je voudrais savoir quel est le véritable état des choses, et si de Walton, renommé pour sa bravoure, a peur de ses ennemis plus qu’il ne sied à un chevalier, ou bien s’il fait de craintes imaginaires le prétexte de tyranniser son ami. Je ne puis dire qu’il y aurait beaucoup de différence ; mais je préférerais qu’un homme, autrefois cher à mon cœur, fût devenu un petit tyran plutôt qu’un esprit faible, un lâche ; et je voudrais qu’il prît à tâche de me vexer plutôt que de le voir trembler devant son ombre. »

Tandis que ces idées agitaient son esprit, le jeune chevalier parcourait la chaussée qui coupait la pièce d’eau par laquelle les fossés étaient alimentés, et, passant sous le portail solidement fortifié du château, donnait des ordres rigoureux pour qu’on abaissât la herse, qu’on relevât le pont-levis, bien qu’on commençât à distinguer la bannière de Walton qui revenait avec sa troupe.

La marche lente et circonspecte du gouverneur, du lieu de la chasse au château de Douglas, lui donna le temps de retrouver son sang-froid et d’oublier que son jeune ami avait montré moins d’empressement que de coutume à exécuter ses ordres. Il fut même disposé à regarder comme une plaisanterie la lenteur et l’extrême