Page:Œuvres de Walter Scott, Ménard, traduction Montémont, tome 25, 1838.djvu/86

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n’être pas vu, mais à pouvoir m’entendre, en cas qu’il soit nécessaire d’arrêter cet homme. — Je serai toujours à vos ordres quand vous m’appellerez, mais… — Mais quoi ? J’espère que je ne trouverai pas des hésitations et de la désobéissance chez tout le monde. — Pas chez moi, assurément. Je voudrais seulement rappeler une chose à Votre Seigneurie : ce que j’ai dit était une opinion sincère, énoncée en réponse à la question de Votre Seigneurie, et comme sir Aymer de Valence s’est déclaré le patron de cet homme, je ne désirerais pas encourir les chances de sa rancune. — Pstt ! est-ce Aymer de Valence qui est gouverneur de ce château, ou bien moi ? et encore, envers qui imaginez-vous que vous puissiez être responsable de vos réponses aux questions que je vous adresse ? — Allons ! » répliqua l’archer, qui secrètement n’était pas fâché de voir sir John se montrer un peu jaloux de son autorité, « croyez bien, sire chevalier, que je connais et ma propre position et celle de Votre Seigneurie. Je n’ai pas besoin qu’on me dise à qui je dois obéissance. — À la bibliothèque donc, et puissions-nous y trouver cet homme ! — Voyez donc ! » marmotta Greenleaf en le suivant. « Votre Seigneurie aller en personne procéder à l’arrestation d’un individu si peu distingué ! Mais Votre Honneur a raison : ces ménestrels sont souvent magiciens, et ont la puissance de s’échapper par des moyens que les ignorants comme moi sont disposés à attribuer à la nécromancie. »

Sans faire attention à ces derniers mots, sir John de Walton se dirigea vers la bibliothèque, marchant d’un pas rapide, comme si cet entretien eût augmenté son désir de se trouver en possession de la personne du ménestrel suspect.

Traversant les antiques corridors du château, le gouverneur n’eut pas de peine à parvenir jusqu’à la bibliothèque, qui était solidement construite en pierre, voûtée et munie d’une espèce de cabinet en fer destiné à la conservation des objets et des papiers précieux en cas d’incendie. Il y trouva le ménestrel assis devant une petite table, sur laquelle était un manuscrit qui paraissait d’une grande ancienneté, et dont il avait l’air de faire des extraits. Les fenêtres de la chambre étaient fort petites, et l’on voyait encore qu’elles avaient été jadis garnies de verres de couleur représentant l’histoire de sainte Brigitte, marque de la dévotion de la grande famille des Douglas à leur sainte tutélaire.

Le ménestrel, qui paraissait profondément occupé de sa besogne lorsqu’il fut troublé par l’arrivée inattendue de sir John de Wal-